Explorer Tours sur les traces de Caesarodunum : les vestiges gallo-romains à ne pas manquer

Caesarodunum, la Tours venue de l’Antiquité

Derrière ce nom évocateur – Césarodunum, littéralement “la colline de César” –, se cache la cité qui constituait l’un des pôles urbains majeurs de la Gaule en bord de Loire, mentionnée par Grégoire de Tours dès le VIe siècle. Sa fondation remonte probablement à la fin du Ier siècle avant J.-C., sous le règne d’Auguste, à l’emplacement stratégique d’un gué. Rapidement prospère, Caesarodunum comptait entre 10 000 et 20 000 habitants à son apogée, couvrait plus de 80 hectares et rayonnait grâce à ses monuments publics imposants.

  • Un amphithéâtre monumental (capacité estimée : 14 000 places, selon les archéologues de l’INRAP)
  • Des thermes publics (au moins deux complexes connus)
  • Un forum et des rues dallées, dans le schéma régulier des cités romaines
  • Des remparts, renforcés à la fin de l’Empire

Mais alors, où admirer – ou deviner – ces témoins de l’épopée gallo-romaine ?

Les vestiges visibles : l’amphithéâtre sous la ville moderne

L’incontournable « mur de l’amphithéâtre », rue du Général-Meusnier

Impossible de rater, à deux pas de la place Anatole-France et du musée des Beaux-Arts, un étrange mur émergeant dans une cour… Ce demi-cercle de gros blocs de tuffeau et de petits moellons n’est autre que la partie orientale, presque intacte, de l’amphithéâtre romain, construit au Ier siècle. Il s’agirait du plus grand monument de toute Césarodunum, un colosse de 156 mètres de long sur 134 mètres de large, rivalisant avec ceux d’Arles ou Nîmes par sa capacité (source : INRAP, fouilles 2013-2015).

Aujourd’hui, seuls 65 mètres de fondations sont visibles à l’air libre, intégrés dans un parking résidentiel. Le reste est enfoui mais perceptible dans l’urbanisme du quartier : l’alignement du boulevard Béranger, la sinuosité de la rue Meusnier épousent l’ellipse de l’amphithéâtre. Les amoureux d’archéologie pourront, avec un bon œil, deviner la structure monumentale dans le plan de la ville.

  • L’accès se fait librement rue du Général-Meusnier.
  • Des visites guidées (en été et lors des Journées du patrimoine) permettent parfois d’approcher d’autres sections.

Le « mur gallo-romain » : vestige de l’enceinte du Bas-Empire

Si on longe la rue du Petit-Cupidon, un autre fragment de la Tours antique s’impose discrètement : un mur épais, de grosses pierres alternant avec des briques. Il s’agit d’un rare tronçon encore debout de l’enceinte construite autour du IVe siècle, pour protéger la cité face aux incursions barbares. Haute de près de 5 mètres à l’origine, longue de 950 mètres, elle englobait alors le centre religieux et administratif : la cathédrale (déjà!), la basilique et le quartier canonial actuel.

  • Aperçu visible au fond du square Sourdille (rue du Petit-Cupidon, accès libre).
  • Certaines portions sont incluses dans les caves ou immeubles du Vieux-Tours, témoignage vibrant des siècles passés.

Dans l’ombre : les thermes, le forum et les découvertes insolites

Les thermes du Musée des Beaux-Arts : sous vos pieds, un vrai spa antique

Avant d’abriter les chefs-d’œuvre de Delacroix ou Monet, le site du musée des Beaux-Arts a surtout hébergé, du Ier au IIIe siècle, un vaste ensemble thermal gallo-romain (env. 2 500 m²). Des fouilles successives (notamment en 2017-2019, INRAP) ont permis d’en exhumer des murs chauffants (hypocaustes), des salles voûtées et un bassin en marbre. Ces ruines sont aujourd’hui intégrées dans les sous-sols du musée : visibles uniquement lors de visites guidées exceptionnelles, elles fascinent par leur état de conservation et les mosaïques retrouvées (certaines exposées).

  • Renseignements sur les visites « coulisses » auprès du service patrimoine de Tours ou pendant les Journées du patrimoine.
  • Le musée expose aussi une statue de Jupiter mise au jour dans ces thermes : un clin d’œil direct à la vie quotidienne des Tourangeaux d’il y a 1 800 ans.

Le forum : là où battaient le cœur commercial et politique

Peu de vestiges du forum – centre névralgique de la cité – sont visibles aujourd’hui. Mais son emplacement, sous la place Jean-Jaurès, est désormais bien identifié grâce à des fouilles préventives menées lors des travaux du tramway (2011, INRAP). Dalles, fragments de colonnes, bases de boutiques ont été exhumés : certains sont conservés et parfois exposés lors d’expositions temporaires au muséum d’Histoire naturelle, situé non loin de là.

  • L’histoire du forum est évoquée dans le parcours permanent du muséum.
  • Une maquette reconstitue la morphologie du bâtiment tel qu’il devait se dresser au IIe siècle.

Vestiges énigmatiques et anecdotes familiales : l’archéologie vivante de Tours

Des mosaïques sous le Centre international de congrès Vinci ?

Qui soupçonnerait, en passant devant la locomotive futuriste du Vinci, que sous le parvis sommeille un quartier résidentiel antique et ses mosaïques colorées ? C’est lors du chantier du palais des congrès, dans les années 1990, qu’ont été mises au jour plusieurs maisons gallo-romaines pourvues de sols décorés. Faute de pouvoir conserver ces merveilles sur place, certaines mosaïques ont été déposées ; une partie est conservée dans les réserves des musées de la ville (source : Ville de Tours).

  • La mosaïque aux poissons (« ichthyomorphe »), exhumée lors de ces fouilles, a fait l’objet d’une restauration en 2010 ; elle n’est malheureusement visible qu’en de rares occasions.

Des pierres antiques réutilisées : la “cathédrale gallo-romaine”

Dans le Vieux-Tours, il n’est pas rare d’apercevoir, ici ou là, une pierre blanche gravée, un chapiteau recyclé ou une inscription latine insérée dans le bâti médiéval. Ce sont souvent des spolia, autrement dit des blocs récupérés sur les ruines antiques et remployés dans les églises, les caves ou les remparts successifs.

  • La cathédrale Saint-Gatien abrite, dans les fondations de son chœur, plusieurs éléments lapidaires romains inclus dans le maçonnerie médiévale.
  • Certains caves de la rue du Commerce conservent des voûtes datées, par analyse, du IIe voire du IVe siècle.

Cette “seconde vie” des pierres gallo-romaines illustre l’attachement des Tourangeaux à leur histoire, et le dialogue permanent entre les époques.

Pour aller plus loin : conseils de visite et ressources

  • Pour une plongée immersive :
    • Des visites guidées thématiques, par l’Office de Tourisme de Tours ou le service patrimoine “Ville d’art et d’histoire”, mettent chaque été à l’honneur Caesarodunum.
    • Les Journées européennes de l’archéologie (juin) et du patrimoine (septembre) réservent de nombreuses ouvertures exceptionnelles.
  • Pour les mordus de lecture ou de sources :
    • INRAP : les dossiers sur Caesarodunum
    • Ouvrage de référence : “Tours antique et médiévale, le centre de la cité” par Gérard Coulon (Editions Dossiers d’Archéologie – 2014)
    • “Archaeological Atlas of Roman Towns in France” – CNRS éditions
  • Astuce photo : Les plus belles lumières pour photographier les vestiges se trouvent en fin d’après-midi, surtout pour l’amphithéâtre rue du Général-Meusnier.

Une ville sous nos pieds : explorer Tours autrement

Parfois invisibles, souvent dissimulés dans la trame urbaine, les vestiges de Caesarodunum offrent à Tours ce supplément d’âme qui en fait une ville palimpseste – où chaque pierre, chaque ruelle, chaque cave vibre encore de souvenirs antiques. En prêtant attention aux détails, en s’arrêtant sur un pan de mur oublié ou en poussant la porte d’un musée, le passé s’invite dans le présent. Reste à s’en emparer… et à se laisser surprendre par l’inattendue Caesarodunum.