28 décembre 2025
À Tours, il suffit de marcher la tête levée, nez au vent, pour débusquer un détail qui perturbe la monotonie d’une façade : un tympan de porte inhabituel, une tour tronquée, ou même un mur borgne. Au fil des siècles, les vagues de reconstructions, les vicissitudes de l’histoire (épidémies, guerres, incendies et bombardements – notamment en 1940), mais aussi les modes architecturales, ont recouvert ou modifié une grande partie du patrimoine ancien. Si la ville est célèbre pour son cœur Renaissance, son passé médiéval reste donc, en apparence, plus discret, presque secret.
Pourtant, il survit partout, souvent mêlé à la modernité, parfois aplati sous les ravalements ou les vitrines contemporaines. Quelques fragments, véritables survivants, s’offrent encore à ceux que la curiosité anime. La chasse commence !
Avant la Révolution, le quartier Châteauneuf grouillait de pèlerins – l’ancienne basilique Saint-Martin, détruite en 1797, était l’un des plus grands édifices romans de France. Si l’imposante basilique néo-byzantine, reconstruite à la fin du XIXe siècle, domine aujourd’hui, le visiteur attentif trouve encore sur place des fragments médiévaux : pierres de fondation, portions de voûte dans la tour Charlemagne, ainsi que la Tour de l’Horloge (fin du XIIe siècle), qui servait de clocher à la basilique d’origine (source : Ville de Tours).
Derrière ses allures discrètes, la rue Briçonnet conserve quelques perles :
Si la façade Renaissance de l’Hôtel Gouïn attire les regards, c’est un monumental patchwork de pierres médiévales et modernes qui compose l’ensemble. Derrière la façade s’abritent les vestiges d’une demeure du XIIIe siècle, dont une partie du mur porteur et quelques ouvertures en arc brisé ont survécu aux bombardements et aux restaurations. L’Hôtel Gouïn reste un cas d’école d’architecture urbaine stratifiée (source : Centre d’Études Supérieures de la Renaissance).
La muraille antique, édifiée au IVe siècle pour protéger la cité contre les invasions barbares, a été largement réutilisée tout au long du Moyen Âge : sur ses fondations se sont greffées maisons, logis et échoppes. En 1861, l’archéologue Charles Loiseau dénombrait encore plus de 300 mètres intacts ; aujourd’hui, il n’en reste que 80. Ce mur, percé par endroits de baies en arc brisé ou de restes de chemins de ronde, est visible notamment rue des Ursulines, mais aussi en sous-sol lors de certaines visites guidées (voir : Ville de Tours). Un fascinant témoignage de la cohabitation des époques.
Préserver les traces médiévales, intimement mêlées au tissu urbain, relève souvent d’un jeu d’équilibriste. La ville de Tours a mis en place depuis 1973 une secteur sauvegardé classé : 126 hectares concernés, dont près de 228 immeubles inscrits ou classés au titre des Monuments Historiques (source : Direction Régionale des Affaires Culturelles, DRAC Centre). Plusieurs restaurations récentes témoignent de cette vigilance :
Ce travail d’identification, de restauration et de transmission n’est possible que grâce à l’implication de professionnels passionnés. Côté ateliers, la Compagnie des Charpentiers et Maçons du Vieux Tours perpétue les gestes anciens, notamment lors du chantier de la Maison de Tristan l’Hermite (2016), où des techniques du XVe siècle ont été employées pour préserver le bois originel. Les guides-conférenciers et chercheurs du Centre d’Études Supérieures de la Renaissance enrichissent chaque année la connaissance de ces vestiges grâce à des inventaires participatifs et des publications accessibles au grand public. Pour aller plus loin :
Regarder autour de soi avec de nouveaux yeux – c’est tout l’enjeu. À Tours, chaque coin de rue devient alors un livre d’histoire à ciel ouvert, ponctué de surprises pour les curieux, petits ou grands. Poursuivre l’aventure, c’est accepter que la ville conserve ses mystères à la faveur des pierres muettes… mais jamais invisibles. Bonne balade !