La mémoire de Tours : à la découverte des traces médiévales et gallo-romaines

Pourquoi chercher les vestiges antiques et médiévaux à Tours ?

L’image de Tours se confond souvent avec ses maisons à pans de bois, ses guinguettes rive sud ou ses bords de Loire classés à l’UNESCO. Pourtant, la ville cache, sous ses airs modernes et son quadrillage haussmannien, des couches entières de passé. Gallo-romaine avant d’être médiévale, ville des moines puis cité commerçante, Tours n’a pas oublié ses origines. Mais il faut parfois les deviner, savoir où regarder – car la vie moderne, les guerres et les urbanisations successives ont souvent effacé ou masqué les plus vieux témoins de la ville.

Heureusement, il subsiste des morceaux, parfois minuscules mais éloquents, qui racontent vingt siècles d’histoire. Cet article propose une exploration vivante et argumentée des traces gallo-romaines et médiévales encore visibles dans la ville, pour ceux qui aiment plisser les yeux, gratter sous la surface, et ressentir la présence des Anciens. Carte des sites, anecdotes qui font lever les sourcils, conseils pratiques pour explorer… Préparez-vous à musarder, carnet en main, dans un Tours inattendu.

Les vestiges gallo-romains : le cœur antique de Tours

Caesarodunum, la cité romaine cachée

Tours ne s’est pas toujours appelée Tours. Vers la fin du Ier siècle, les Romains fondent Caesarodunum (“colline de César”) sur la rive droite de la Loire. C’est une cité prospère, dotée de thermes, de temples, d’un vaste amphithéâtre et de luxueuses villas ornées de mosaïques. Mais la ville antique fut longtemps ignorée, car enfouie sous la trame médiévale et moderne.

  • L’amphithéâtre romain : un géant invisible Plus de 120 m de long, environ 15000 places à son apogée, voilà l’un des plus grands amphithéâtres des Gaules ! (Source : Direction régionale des affaires culturelles Centre-Val de Loire). On ne voit plus, aujourd’hui, qu’une sorte de trapèze au nord-est de la vieille ville (quartier de la rue des Ursulines). Quelques pans de murs massifs, englobés dans les caves et fondations, émergent dans certains immeubles (à demander lors des Journées du Patrimoine !). Soyez attentifs aux courbes des rues : la rue du Général-Meusnier épouse l’ovale de l’arène primitive.
  • Le rempart du Bas-Empire : la ceinture de Tours Autour de l’an 275, après les premières grandes invasions, les habitants de Caesarodunum bâtissent un rempart colossal – 1,5 km de tour, plus de 4,50 m d’épaisseur, partiellement conservé à ce jour (Source : INRAP). Plusieurs tronçons sont visibles :
    • au chevet de la cathédrale Saint-Gatien (voir la portion bien conservée derrière le musée des Beaux-Arts, rue Lavoisier)
    • sous la rue du Cloître
    • angle de la rue du Petit Cupidon et de la rue des Remparts (nom prédestiné !)
    De loin, le rempart ressemble souvent à un vieux mur bourru couvert de lierre. De près, on distingue ses moellons, la technique du blockhaus gallo-romain, et en hiver, quelques rares blocs de tuffeau antique taillés à la va-vite.
  • Mosaïques et découvertes archéologiques Plusieurs mosaïques gallo-romaines ont été retrouvées à Tours, les plus célèbres lors de fouilles sous la place Plumereau et la rue des Halles (Ouest-France), aujourd’hui conservées au musée archéologique. Même si elles ne sont pas visibles in situ, il est passionnant d’aller les admirer pour se figurer le raffinement de l’antique Caesarodunum.

La nécropole et les premiers chrétiens

Au IVe siècle, Tours devient un foyer du christianisme avec saint Martin. Sous la cathédrale actuelle reposent, à des mètres sous terre, d’anciennes tombes paléochrétiennes, difficiles d’accès – mais des fragments sont visibles lors des visites guidées de la crypte archéologique sous la cathédrale. Ambiance unique, pierres séculaires, et frissons garantis.

Quand le Moyen Âge s’invite à Tours : les survivances médiévales

Un exceptionnel chapelet d’églises et de monastères

  • Basilique et crypte Saint-Martin Si l’on connaît la basilique néo-byzantine du XIXe siècle, on ignore souvent le destin mouvementé du sanctuaire médiéval. La basilique carolingienne du IXe siècle fut durant tout le Moyen Âge le plus grand centre de pèlerinage d’Occident après Rome et Compostelle (sources : Monuments Historiques). On peut voir aujourd’hui deux vestiges saisissants :
    • la tour Charlemagne (fin XIe–début XIIe siècle), colonne solitaire dressée au-dessus des toits
    • la tour de l’Horloge (fin XIIe–début XIIIe) Quant à la crypte, c’est le passage obligé pour ressentir l’atmosphère souterraine du vieux Tours. L’ancien tombeau de saint Martin y est toujours vénéré.
  • Ancienne abbaye Saint-Julien Aujourd’hui reconvertie en hôtel et musée (Musée du Compagnonnage), l’église est le plus ancien édifice religieux conservé en élévation dans la ville (début du XIe siècle, remaniée au XIIe et XIVe). Elle offre une magnifique nef romane et un choeur gothique.
  • Église Saint-Pierre-le-Puellier Fondée au Xe siècle, remaniée au XIIIe, elle est aujourd’hui un espace d’expositions. On peut y admirer ses murs épais et ses arcatures lombardes caractéristiques.

Fortifications, tours et portes oubliées

Le Moyen Âge a ceinturé Tours d’une double muraille (une “grosse tour” chaque 40 m selon les chroniques). Peu subsistent à ciel ouvert, mais les passionnés aiment :

  • Les ruines de la Grosse Tour, visibles près du jardin Mirabeau (inaccessibles mais signalées au sol)
  • La porte de Loire, dont il reste des amorces de murs dans la cour du lycée Paul-Louis Courier (visite possible lors des Journées du Patrimoine)

À noter aussi : sous de nombreux immeubles anciens du Vieux Tours, d’impressionnantes salles basses ou “caves médiévales” voûtées sont régulièrement accessibles lors de parcours touristiques thématiques.

La cathédrale Saint-Gatien : miroir roman, gothique et Renaissance

Avancer sous la nef de la cathédrale, c’est traverser sept siècles en quelques pas ! Fondée à l’emplacement d’une basilique du IVe siècle, la cathédrale actuelle mêle gothique rayonnant (XIIIe siècle), flamboyant (XVe), Renaissance (pour ses somptueux vitraux) et vestiges romans (dans la crypte et certaines bases de murs). Ici et là, des chapiteaux racontent l’histoire de l’art médiéval local.

Le Vieux Tours, livre ouvert sur la ville médiévale

Maisons à pans de bois et hôtels particuliers

  • La place Plumereau Cœur du Vieux Tours et lieu de toutes les cartes postales… mais également réserve exceptionnelle de maisons à encorbellement du XVe et XVIe, restaurées après la guerre. Se promener dans la rue du Grand Marché, la rue Briçonnet ou la rue Colbert révèle toute une gamme de façades médiévales : poteaux sculptés, figures grotesques, solives polychromes. On conseille l’observation des “têtes de poutre” (restes sculptés, parfois surprises grimaçantes), un jeu pour amateurs de détails.
  • Les hôtels particuliers du Moyen Âge tardif Parmi les perles, l’hôtel Goüin (milieu XVe siècle, magnifique façade de style gothique flamboyant), partiellement transformé en centre d’art. Trois hôtels de la rue de la Scellerie (Balzac, de Beaune-Semblançay, de la Crouzillerie), sauvés par des restaurations exemplaires, racontent l’aisance des bourgeois et maîtres de corporation à la fin du Moyen Âge.

Sur les traces des métiers médiévaux

Dans la rue du Change, de la Rôtisserie, ou du Grand Marché, les noms des rues témoignent encore des corporations médiévales : changeurs, bouchers, tisserands. Ici, l’histoire saute aux yeux et se mêle encore aux petites boutiques d’aujourd’hui – comme si le Moyen Âge n’avait jamais quitté ces pavés.

Conseils pratiques pour partir à la recherche des vestiges

  • Se munir d’une carte détaillée ou télécharger un parcours sur le site de l’office du tourisme (tours-tourisme.fr).
  • Participer aux visites guidées thématiques ou aux Journées du Patrimoine : beaucoup de caves, tours et fouilles sont alors exceptionnellement accessibles.
  • Visiter le Musée des Beaux-Arts pour ses collections lapidaires gallo-romaines, et le Musée du Compagnonnage pour découvrir l’artisanat hérité du Moyen Âge.
  • Lever les yeux ou, au contraire, jeter un œil dans les cours et passages dérobés : beaucoup de vestiges ne se révèlent qu’aux curieux désireux de sortir du plan traditionnel.
  • Interroger les riverains (commerçants, habitants du Vieux Tours, guides bénévoles…) qui connaissent souvent anecdotes et accès secrets non signalés sur les plans.

Pour aller plus loin : lectures et ressources à consulter

  • “Caesarodunum : Tours antique et ses vestiges” par Jean-Luc Fichera (Éditions La Simarre, 2015)
  • Dossier thématique INRAP : Tours Caesarodunum
  • “Tours, Cité Médiévale à ciel ouvert”, dossier Ville d’Art et d’Histoire sur tours.fr

Redécouvrir Tours, pierre à pierre

Tours offre un fascinant puzzle historique, où chaque fragment gallo-romain ou vestige médiéval alimente le plaisir de la découverte. Qu’on soit amateur de panoramas ou explorateur de recoins minuscules, la ville révèle mille détails à qui sait regarder. Beaucoup de ces témoins sont fragiles, parfois menacés, parfois oubliés, mais tous invitent à porter un œil neuf sur ce que l’on croyait connaître. Déambuler entre les murs, c’est ailleurs que de marcher sur les traces de deux mille ans d’aventure humaine – et de comprendre pourquoi Tours s’est mérité le titre d’“inattendue destination”.