Voyage dans le passé : les objets archéologiques incontournables à voir à Tours aujourd’hui

La mosaïque gallo-romaine de la villa de Tours-Nord

C’est sans doute la star incontestée du patrimoine archéologique tourangeau, la Joconde des musées tourangeaux, en plus colorée : la mosaïque gallo-romaine de la villa de Tours-Nord. Découverte presque par hasard lors de fouilles préventives en 1977, sous un chantier d’immeubles, elle a fait sensation : ses 90 m² de motifs raffinés et ses couleurs éclatantes racontent avec un luxe de détails la vie d’une riche demeure d’Avaricum, l’ancienne Tours.

Plus de 200 000 tesselles en pierre naturelle, terre cuite, pâte de verre, soigneusement assemblées pour représenter, entre autres, une scène de chasse et un bestiaire. Son état de conservation exceptionnel permet d’admirer la technique des mosaïstes gallo-romains locaux, influencés par l’art méditerranéen.

  • Lieu d’exposition : Musée des Beaux-Arts de Tours, salle gallo-romaine (lien : officiel)
  • Période : fin du IIIᵉ siècle – début IVᵉ siècle ap. J.-C.
  • À ne pas manquer : son panneau central figurant un cratère stylisé entouré d’oiseaux et de fruits

Anecdote : la découverte a nécessité le démontage et la reconstitution pièce par pièce de la mosaïque, réalisée par des restaurateurs venus spécialement d’Italie ! (source : INHA)

Le trésor de monnaies d’or d’époque romaine

En matière de frissons archéologiques, difficile de rivaliser avec une "trouvaille au trésor". En 1990, une équipe de l’INRAP tombe nez à nez, lors d’un chantier au nord de la ville, sur un lot de 223 aurei romains en or, soigneusement dissimulés dans une amphore brisée. Le pactole, qui avait sans doute appartenu à un notable d’Avaricum inquiet des troubles de la fin de l’Empire, témoigne de l’importance de la ville comme place commerciale et relais stratégique.

  • Lieu d’exposition : En permanente rotation au Musée des Beaux-Arts de Tours (se renseigner à l’accueil)
  • Période : IIᵉ – début IIIᵉ siècle après J.-C. (de Néron à Septime Sévère)
  • Particularité : certains aurei portent la marque de l’atelier de Lyon, soulignant l’intégration de Tours dans le réseau impérial.

Le petit plus ? On peut, avec un peu de chance, tomber sur une visite guidée consacrée à ce trésor, l’un des plus beaux ensembles numismatiques de France, tous sites confondus (source : INRAP).

L’épée franque d’Ingré

Non, il ne s’agit pas d’une légende arthurienne. Dans les sédiments de la Loire, on a retrouvé en 1847 une épée longue à poignée d’or, datée du début du VIᵉ siècle et attribuée à un chef franc. Si de nombreuses armes exhumées dans la région sont anonymes, celle-ci se distingue par la richesse de sa monture et la finesse de son travail : incrustations de grenats, décor animalier en or, poinçons caractéristiques d’ateliers mérovingiens.

  • Lieu d’exposition : Musée des Beaux-Arts de Tours, collection Moyen Âge
  • Période : vers 520 – 550 ap. J.-C.
  • Pourquoi c’est remarquable : la présence d’une épée de ce niveau signale probablement la tombe princière d’un haut dignitaire, preuve du rayonnement de la région, même après les invasions.

Anecdote croquignolette : une rumeur prétendit un temps qu’il s’agissait de l’épée de Clovis lui-même ! Les analyses stylistiques ont vite mis fin à la légende, mais l’objet reste emblématique de l’ancrage franc de Tours dès les débuts du Haut Moyen Âge (source : Musée des Beaux-Arts de Tours).

La cuve baptismale paléochrétienne de Saint-Martin

S’il est un objet qui évoque la bascule du monde romain vers la chrétienté, c’est bien la cuve baptismale en marbre

  • Lieu d’exposition : Crypte de la basilique Saint-Martin (visite avec la paroisse, accès restreint à certaines périodes)
  • Période : Vᵉ siècle ap. J.-C.
  • Détail à observer : Son décor très sobre, en marbre importé d’Italie, rappelle la vocation universelle de l’Église antique.

L’objet souligne les profondes mutations religieuses et sociales du monde gallo-romain, à l’endroit même où la légende de Martin a façonné l’identité locale.

Le candélabre de la villa des Doyennés

Qui imaginerait trouver un candélabre en bronze, digne des meilleures villas pompéiennes, sous les pavés tourangeaux ? C’est pourtant ce qui a été mis au jour en 1964 : un candélabre composé de trois branches décorées de feuilles d’acanthe, de plus d’1 mètre de haut, qui servait probablement à illuminer les fastes d’une riche résidence.

  • Lieu d’exposition : Musée des Beaux-Arts de Tours, section objets gallo-romains
  • Date : IIᵉ siècle après J.-C.
  • Intérêt majeur : Il s’agit d’une pièce exceptionnelle en France par sa taille et la qualité du bronze, témoin des liens commerciaux et du raffinement des élites d’Avaricum.

Une découverte qui éclaire – dans tous les sens du terme – la vie quotidienne et les goûts artistiques du monde romain local (source : Musée des Beaux-Arts de Tours).

Fragments, fresques et objets du quotidien : un puzzle grandeur nature

Si les vitrines du musée dévoilent de véritables "stars", le parcours se double de dizaines de petits objets autrement touchants : fibules en bronze émaillé, amulettes, lampes, flacons en verre… On y perçoit la poésie du quotidien, à travers les traces d’aiguilles à coudre ou de jeux d’enfants taillés dans l’os.

  • Venez admirer :
    • Fragments de fresques murales du quartier romain des Halles, souvent riches en pigments inédits
    • Collections lapidaires extraites des fouilles de la place Plumereau : chapiteaux, frontons de mausolée
    • Boucles d’oreilles et bagues caches-tampons, signatures discrètes laissées dans l’ombre par de vieux artisans

Les mises en scène soignées du musée permettent à chacun de "remonter le fil", réinventer un peu la société bigarrée qui arpentait la ville il y a 1700 ans. Certains objets sont même accompagnés des résultats des dernières analyses scientifiques (rayons X, datation C14), preuve que la recherche continue à faire parler le sol tourangeau.

Repérer ces objets archéologiques : conseils de découverte

Pour admirer ces objets dans les meilleures conditions, quelques astuces de guide :

  • Le Musée des Beaux-Arts de Tours conserve la quasi-totalité des pièces archéologiques majeures. Un livret spécifique « Parcours Antique » est disponible gratuitement à l’accueil sur simple demande.
  • Certains objets, en rotation ou prêtés, ne sont visibles que quelques mois par an. Toujours vérifier l’exposition temporaire en cours.
  • Des visites guidées thématiques organisées avec des archéologues locaux permettent d’accéder à des réserves habituellement fermées au public (renseignez-vous sur le site du musée).
  • Pour les plus aventureux, la Fête de l’Archéologie a lieu chaque année en juin : certains objets sortent exceptionnellement des réserves, et animations gratuites jalonnent le jardin du musée.

L’archéologie tourangelle : terre de surprises… et d’innovations

La richesse des objets visibles aujourd’hui à Tours ne doit rien au hasard. Depuis les années 1960, la ville a mis un point d’honneur à préserver et valoriser ses trouvailles : c’est ici qu’a été développée l’une des premières chartes urbaines d’archéologie préventive en France, sous l’égide de chercheurs du CNRS et de la Ville de Tours.

Près de 120 sites fouillés intra-muros depuis 1945 ont permis d’extraire plus de 30 000 objets significatifs, dont seulement une fraction est exposée. Chaque nouvelle découverte rebat les cartes de l’histoire locale : c’est en 2011, par exemple, qu’un chantier place Anatole-France a révélé des traces inattendues d’habitats mérovingiens, entraînant une réévaluation du plan urbain de la ville au VIᵉ siècle (source : INRAP, Ville de Tours).

Redécouvrir Tours… à travers ses objets

Ce parcours dans les vitrines, loin d’être figé, invite sans cesse à repenser la ville. Plus qu’un livre d’histoire illustré, chaque fragment résonne avec ce que nous traversons encore aujourd’hui : brassage, création, métamorphose perpétuelle. Tours est bien cette “inattendue destination” où le passé affleure à chaque coin de rue, offrant des clés, parfois minuscules, pour explorer autrement la ville.

Curieux d’en voir plus ? Ne pas hésiter à franchir les portes du musée, à pousser la visite jusque dans la crypte Saint-Martin ou à suivre une visite thématique avec un passionné : les trésors archéologiques de Tours n’attendent que de révéler leurs histoires, mille fois plus riches qu’il ne paraît à première vue.

Sources mentionnées Musée des Beaux-Arts de Tours, site officiel Institut National d’Archéologie Préventive (INRAP) Ville de Tours, Service Archéologique Municipal Institut National d’Histoire de l’Art (INHA)