31 décembre 2025
C’est sans doute la star incontestée du patrimoine archéologique tourangeau, la Joconde des musées tourangeaux, en plus colorée : la mosaïque gallo-romaine de la villa de Tours-Nord. Découverte presque par hasard lors de fouilles préventives en 1977, sous un chantier d’immeubles, elle a fait sensation : ses 90 m² de motifs raffinés et ses couleurs éclatantes racontent avec un luxe de détails la vie d’une riche demeure d’Avaricum, l’ancienne Tours.
Plus de 200 000 tesselles en pierre naturelle, terre cuite, pâte de verre, soigneusement assemblées pour représenter, entre autres, une scène de chasse et un bestiaire. Son état de conservation exceptionnel permet d’admirer la technique des mosaïstes gallo-romains locaux, influencés par l’art méditerranéen.
Anecdote : la découverte a nécessité le démontage et la reconstitution pièce par pièce de la mosaïque, réalisée par des restaurateurs venus spécialement d’Italie ! (source : INHA)
En matière de frissons archéologiques, difficile de rivaliser avec une "trouvaille au trésor". En 1990, une équipe de l’INRAP tombe nez à nez, lors d’un chantier au nord de la ville, sur un lot de 223 aurei romains en or, soigneusement dissimulés dans une amphore brisée. Le pactole, qui avait sans doute appartenu à un notable d’Avaricum inquiet des troubles de la fin de l’Empire, témoigne de l’importance de la ville comme place commerciale et relais stratégique.
Le petit plus ? On peut, avec un peu de chance, tomber sur une visite guidée consacrée à ce trésor, l’un des plus beaux ensembles numismatiques de France, tous sites confondus (source : INRAP).
Non, il ne s’agit pas d’une légende arthurienne. Dans les sédiments de la Loire, on a retrouvé en 1847 une épée longue à poignée d’or, datée du début du VIᵉ siècle et attribuée à un chef franc. Si de nombreuses armes exhumées dans la région sont anonymes, celle-ci se distingue par la richesse de sa monture et la finesse de son travail : incrustations de grenats, décor animalier en or, poinçons caractéristiques d’ateliers mérovingiens.
Anecdote croquignolette : une rumeur prétendit un temps qu’il s’agissait de l’épée de Clovis lui-même ! Les analyses stylistiques ont vite mis fin à la légende, mais l’objet reste emblématique de l’ancrage franc de Tours dès les débuts du Haut Moyen Âge (source : Musée des Beaux-Arts de Tours).
S’il est un objet qui évoque la bascule du monde romain vers la chrétienté, c’est bien la cuve baptismale en marbre
L’objet souligne les profondes mutations religieuses et sociales du monde gallo-romain, à l’endroit même où la légende de Martin a façonné l’identité locale.
Qui imaginerait trouver un candélabre en bronze, digne des meilleures villas pompéiennes, sous les pavés tourangeaux ? C’est pourtant ce qui a été mis au jour en 1964 : un candélabre composé de trois branches décorées de feuilles d’acanthe, de plus d’1 mètre de haut, qui servait probablement à illuminer les fastes d’une riche résidence.
Une découverte qui éclaire – dans tous les sens du terme – la vie quotidienne et les goûts artistiques du monde romain local (source : Musée des Beaux-Arts de Tours).
Si les vitrines du musée dévoilent de véritables "stars", le parcours se double de dizaines de petits objets autrement touchants : fibules en bronze émaillé, amulettes, lampes, flacons en verre… On y perçoit la poésie du quotidien, à travers les traces d’aiguilles à coudre ou de jeux d’enfants taillés dans l’os.
Les mises en scène soignées du musée permettent à chacun de "remonter le fil", réinventer un peu la société bigarrée qui arpentait la ville il y a 1700 ans. Certains objets sont même accompagnés des résultats des dernières analyses scientifiques (rayons X, datation C14), preuve que la recherche continue à faire parler le sol tourangeau.
Pour admirer ces objets dans les meilleures conditions, quelques astuces de guide :
La richesse des objets visibles aujourd’hui à Tours ne doit rien au hasard. Depuis les années 1960, la ville a mis un point d’honneur à préserver et valoriser ses trouvailles : c’est ici qu’a été développée l’une des premières chartes urbaines d’archéologie préventive en France, sous l’égide de chercheurs du CNRS et de la Ville de Tours.
Près de 120 sites fouillés intra-muros depuis 1945 ont permis d’extraire plus de 30 000 objets significatifs, dont seulement une fraction est exposée. Chaque nouvelle découverte rebat les cartes de l’histoire locale : c’est en 2011, par exemple, qu’un chantier place Anatole-France a révélé des traces inattendues d’habitats mérovingiens, entraînant une réévaluation du plan urbain de la ville au VIᵉ siècle (source : INRAP, Ville de Tours).
Ce parcours dans les vitrines, loin d’être figé, invite sans cesse à repenser la ville. Plus qu’un livre d’histoire illustré, chaque fragment résonne avec ce que nous traversons encore aujourd’hui : brassage, création, métamorphose perpétuelle. Tours est bien cette “inattendue destination” où le passé affleure à chaque coin de rue, offrant des clés, parfois minuscules, pour explorer autrement la ville.
Curieux d’en voir plus ? Ne pas hésiter à franchir les portes du musée, à pousser la visite jusque dans la crypte Saint-Martin ou à suivre une visite thématique avec un passionné : les trésors archéologiques de Tours n’attendent que de révéler leurs histoires, mille fois plus riches qu’il ne paraît à première vue.
| Sources mentionnées | Musée des Beaux-Arts de Tours, site officiel Institut National d’Archéologie Préventive (INRAP) Ville de Tours, Service Archéologique Municipal Institut National d’Histoire de l’Art (INHA) |