11 décembre 2025
La richesse architecturale de Tours ne se limite pas à ses monuments phares. Les vraies perles se nichent souvent loin des grands axes et des circuits traditionnels : rues secondaires, hôtels particuliers oubliés, arrière-cours et passages confidentiels. Cette discrétion s’explique notamment par l’histoire mouvementée de la ville, marquée par de grands chantiers urbains – dont la construction du boulevard Béranger à la fin du XIXe siècle, qui a transformé le visage du centre historique (Source : Ville de Tours).
Quelques zones sont particulièrement propices à l’observation :
Les mascarons, ces visages sculptés ornant portes et fenêtres, constituent l’une des signatures de Tours. Héritiers directs de la Renaissance et du Grand Siècle, ils font parfois sourire ou intriguent souvent ceux qui les repèrent. On en recense plusieurs centaines rien que dans la vieille ville, certains expressifs, d’autres plus énigmatiques.
| Quartier | Adresse emblématique | Nature du décor |
|---|---|---|
| Rue de la Scellerie | 23, 25 et 28 rue de la Scellerie | Mascarons grotesques au-dessus des fenêtres |
| Rue Nationale | Façades côté Pair | Mascarons de style néoclassique |
| Place François Sicard | Façade du musée des Beaux-Arts | Visages mythologiques |
Une fascinante anecdote sourcée par le service Patrimoine de la Ville : certaines figures du quartier Colbert auraient été inspirées de bourgeois locaux ou de notables du XVIe siècle, par jeu ou ironie ! Plus d’informations à retrouver dans « Patrimoine de Tours, façades en détails » édition 2019.
Sur les vieilles pierres de Tours, discrètes mais omniprésentes, les inscriptions lapidaires tissent un fil direct avec les bâtisseurs. Sous vos yeux, mais souvent ignorés :
Fun fact : Rue Colbert, au n°36, un linteau conserve la mystérieuse inscription « Ave Gratia Plena » (référence mariale), datée de 1532.
L’œil attentif remarquera une étonnante superposition de styles sur certaines façades tourangelles. Les restaurations du XIXe siècle (sous Charles Duchêne, architecte de la Ville) n’hésitent pas à réutiliser des portails Renaissance dans des immeubles néoclassiques, voire à juxtaposer colombages médiévaux et vitraux Art nouveau. Un exemple frappant rue Constantine, où des sculptures gothiques secondaires voisinent des ferronneries typiques de la Belle Époque.
Qui se penche sur les perrons tourangeaux découvrira tout un petit peuple de détails : heurtoirs anthropomorphes, têtes de lions battues par les ans, ou encore initiales forgées sur les portes d’échoppes historiques. Certains heurtoirs, datés de la fin du XVIIIe siècle, sont exceptionnels : sur près de 200 portes relevées en centre-ville, une cinquantaine présentent des motifs uniques, répertoriés partiellement lors d’une étude municipale en 2017 (source : Ville de Tours, Service Patrimoine).
Parmi les incontournables :
On oublie trop souvent que le “nouveau Tours” du XIXe siècle (après l’arrivée du chemin de fer en 1846) fut un terrain expérimental pour les ferronniers locaux. Les balcons moulurés de la rue Nationale ou du boulevard Heurteloup regorgent de motifs végétaux, de palmettes, de trilobes et monogrammes. Certains balcons du boulevard Heurteloup, par exemple, portent encore le chiffre « RF » en l’honneur de la Troisième République, une rareté nationale (Architectural Heritage France).
Pour aller plus loin, quoi de mieux que de partager quelques regards d’initiés ?
Percevoir ces détails, c’est apprendre à regarder Tours autrement. Les façades, souvent silencieuses, s’adressent à ceux qui prennent le temps. Contrairement à certaines villes figées dans une image carte postale, le patrimoine tourangeau se dévoile par fragments, par surprises – et c’est là tout le plaisir de la promenade urbaine.
La prochaine fois que vous passerez rue Colbert, place de la Résistance ou devant une échoppe de la rue Nationale, laissez-vous tenter : arrêtez-vous, cherchez un mascaron, une signature oubliée, un balcon ciselé… La mémoire de Tours s’écrit autant dans le minuscule que dans le monumental. Et, qui sait ? Peut-être serez-vous, vous aussi, l’auteur d’une nouvelle découverte sur cet incroyable terrain de jeu architectural.