5 juin 2026
Sous les reflets des tilleuls et la senteur mêlée des pivoines, Tours et ses environs cachent quantité de jardins privés, jalousement préservés derrière de vieux murs ou au cœur de demeures séculaires. Des espaces façonnés avec passion, transmis parfois en silence au fil des générations, et qui, lors de certains événements, acceptent de révéler leurs charmes au public. Flâner, un carnet à la main, dans ces endroits d’ordinaire réservés aux familles ou à quelques initiés : voilà une expérience qui ouvre une porte sur l’âme insoupçonnée du territoire tourangeau.
Chaque printemps, quelques jours suspendus offrent ce privilège aux curieux et amoureux de nature. D’où l’importance de savoir où et quand s’ouvrent ces jardins d’exception – et ce que l’on peut y découvrir, entre histoire, botanique, art de vivre ou simples rencontres.
La liste est mouvante et liée à la volonté des propriétaires, mais voici un aperçu des lieux qui ont récemment ouvert leurs grilles aux curieux :
| Jardin | Localisation | Particularités | Périodes d’ouverture habituelles |
|---|---|---|---|
| Jardin de l’Hôtel Goüin | Tours centre | Vieux jardin à la française, orangerie et vestiges Renaissance | Rendez-vous aux Jardins, Journées du Patrimoine |
| Jardin de la Chevalerie | Savonnières | Topiaire, labyrinthe, vergers anciens ; visite guidée sur l’histoire horticole | Uniquement sur réservation lors d’événements |
| Les jardins privés de Montlouis-sur-Loire | Montlouis-sur-Loire | Jardins de coteau, vue sur la Loire, roseraies | Rendez-vous aux Jardins, événements locaux |
| Jardin de la Grenadière | Saint-Cyr-sur-Loire | Jardin d’écrivain (Balzac y situe un roman), arbres séculaires | Journées du Patrimoine, lectures publiques |
| Jardin « secret » rue Chambert | Tours – quartier Blanqui | Pépinière privée, collection ancienne de roses | Parfois lors d’ateliers ou de visites de groupe |
Pour une liste actualisée : ville de Tours, Comité Parcs et Jardins de France et Journées du Patrimoine.
Ce n’est pas un hasard si le Val de Loire est surnommé « le Jardin de la France ». Mais au-delà des rangées célèbres de châteaux, la région recèle une myriade de jardins particuliers. Plusieurs d’entre eux datent de l’époque médiévale ou Renaissance, quand la Touraine était le berceau de l’humanisme végétal. D’autres sont nés lors de l’essor des villas bourgeoises au XIXe siècle, apportant avec elles l’exotisme venu des colonies – bananiers, palmiers, ou cèdres himalayens : plus de 80 espèces d’arbres remarquables sont recensées dans la seule aire urbaine de Tours (Source : Observatoire des arbres, Agglo Tour(s)+).
En visitant ces lieux, on traverse…
La visite de jardins privés, c’est l’occasion de croiser leurs propriétaires, qui bien souvent se transforment en conteurs passionnés le temps d’un après-midi. On y entend le récit d’une glycine plantée lors d’un mariage en 1923, ou celui d’une serre retrouvée sous la mousse, témoignage de la floriculture tourangelle du XIXe siècle (on estime qu’il existait plus de 110 serres à Tours en 1880 ! Source : Archives municipales de Tours).
Mais l’accès reste une faveur, parfois soumise aux caprices de la météo ou de la santé d’un tilleul centenaire : une année, un gel tardif prive de floraison une allée de glycines et pousse le propriétaire à annuler la visite promise. D’autres fois, la météo les transforme en parcours d’aventure (un souvenir ému des Rendez-vous aux Jardins de juin 2020, sous une pluie battante, où les bottes furent fournies à l’entrée !).
Contrairement à la croyance populaire, la Touraine ne livre pas tous ses secrets floraux qu’à la belle saison. Certains jardins privés s’illuminent aussi d’automne (flamboyances des érables du Jardin de la Petite Madeleine à Azay-le-Rideau), ou révèlent leur structure hivernale lors des « nouvelles Journées des Jardins secrets d’hiver » lancées en 2022. La tendance du slow tourisme pousse de plus en plus de lieux à ouvrir hors saison, pour profiter de scènes végétales dénudées, propices à la méditation ou à la photographie.
Pour ceux qui souhaiteraient aller plus loin, plusieurs structures locales (notamment la Société d’Horticulture de Touraine ou Les Jardins de Bellecour) organisent toute l’année des ateliers, conférences ou visites sur demande. Restez à l’affût des programmes en ligne… ou ouvrez l’œil quand vous croisez, à Tours, un portail entrouvert sur un coin de paradis encore confidentiel.
Si, derrière chaque mur, un jardin caché attend son heure de lumière, c’est aussi un pan du patrimoine tourangeau qui s’invente au fil des rencontres. Le plus difficile, pour l’explorateur ? Savoir s’arrêter avant l’heure de la fermeture.