Aux origines des souterrains de Tours : secrets d’une ville sous la ville

Une toile souterraine façonnée par l’histoire et la géologie

Le sous-sol tourangeau, principalement constitué de tuffeau – cette belle pierre calcaire qui fait la renommée de la Loire – a forgé l’identité de la ville dès l’époque gallo-romaine (Source : INSEE, DREAL Centre-Val de Loire, DRAC Centre-Val de Loire).

  • Au III siècle, Tours (autrefois Caesarodunum) s’entoure de remparts pour résister aux invasions barbares. Les premières excavations servent à extraire la pierre nécessaire.
  • Du Moyen Âge à la Renaissance, la construction d’hôtels particuliers et d’édifices religieux multiplie les galeries et caves, souvent reliées via des passages secrets.
  • Au XIX siècle, l’expansion urbaine s’accompagne de nouveaux creusements, notamment pour les aménagements ferroviaires ou l’essor de commerces souterrains (refroidisseurs, brasseries…)

Aujourd’hui, on estime que le réseau de souterrains et de caves de Tours s’étendrait sur plus de 15 kilomètres (Source : Service Archéologique de la Ville de Tours). Mais l’inventaire exact reste impossible – certaines galeries sont effondrées ou définitivement murées.

Des usages étonnamment variés… et parfois déroutants

Si la première vocation de ces espaces était l’extraction du tuffeau, leur destinée a vite bifurqué. Voici quelques usages insolites ou remarquables :

  • Refuges pendant les guerres : Lors des guerres de religion ou des bombardements de la Seconde Guerre mondiale, de nombreux Tourangeaux se sont abrités dans ces profondeurs protectrices, certains aménageant même des “logis de fortune”.
  • Caves à vin et champignonnières : Favorisées par une température constante (environ 12°C), nombre de ces caves ont hébergé des productions viticoles – dont la fameuse “cuvée des troglodytes”, ou, plus récemment, des cultures de champignons de Paris. Au XIX siècle, on comptait près de 800 champignonnières à la périphérie tourangelle (Source : Muséum d’Histoire Naturelle de Tours).
  • Couloirs secrets et passages clandestins : La légende veut qu’au Moyen Âge, certaines familles nobles de Tours disposaient de galeries leur permettant de rejoindre discrètement la Loire, voire l’abbaye de Marmoutier, lors de périodes troubles. Si tous ces passages n’ont pas été retrouvés, certains tronçons sont toujours identifiables sous le Vieux-Tours.
  • Lieux d’expérimentations scientifiques : Dès les années 1960, des chercheurs profitent de ces caves sombres et calmes pour mener des expériences sur le cycle du sommeil ou la conservation de souches bactériennes.

Histoires, légendes et témoignages : l’imaginaire souterrain tourangeau

La mémoire locale regorge d’anecdotes qui donnent du relief à ces galeries enfouies. En voici quelques-unes, à savourer comme autant de petites madeleines souterraines :

  • Les chats momifiés : Pratique singulière : dans certains voûtes, on retrouve des chats ou des coqs momifiés, emmurés à l’époque moderne. Selon les folkloristes locaux, ils auraient été installés là pour conjurer le mauvais sort (cf. “Chats et superstitions dans les maisons anciennes de Touraine”, Bulletin de la Société archéologique de Touraine, 1986).
  • L’affaire du trésor des Templiers : Une rumeur tenace court, évoquant un trésor caché sous une cave rattachée à l’ancienne commanderie de La Riche. Fouilles et prospections n’ont rien révélé… mais l’histoire continue de titiller les passionnés.
  • La crypte oubliée de Saint-Martin : Sous la basilique moderne, on accède (en visite guidée uniquement) à une vaste crypte romane, où sont conservés les vestiges du tombeau de saint Martin. Lieu d’émerveillement et de recueillement depuis plus de 1 500 ans (Source : Paroisse Saint Martin).

Explorer aujourd’hui : quelles galeries et caves sont (ré)ouvertes à la curiosité ?

Malgré leur attrait, la majorité des souterrains et caves de Tours demeure inaccessible au public – principalement pour des raisons de sécurité. Voici quelques lieux emblématiques où l’on peut plonger dans cet univers fascinant :

  1. La Crypte Saint-Martin : Accessible lors des visites guidées de l’Office de Tourisme, cette crypte impressionne par ses dimensions et ses petits secrets architecturaux. Elle offre un rare aperçu du patrimoine religieux souterrain de la ville (Plus d’infos : Office de Tourisme de Tours).
  2. Les caves du Musée du Compagnonnage : Outre sa collection unique, le musée propose ponctuellement une visite de ses souterrains, où les tailleurs de pierre exposaient leur savoir-faire hors norme.
  3. Les caves troglodytes du quartier Paul Bert : Certaines sont aujourd’hui transformées en bars atypiques ou en ateliers d’artisanat, ponctuellement ouverts au public lors d’événements (Journées du Patrimoine, balades œnologiques…).
  4. Les anciennes carrières des Prébendes : Si elles ne se visitent pas directement, on devine encore leurs ouvertures derrière certaines propriétés privées. Quelques légendes urbaines les désignent comme lieux de rendez-vous secrets pendant la Résistance.

À noter : en dehors des événements officiels ou des visites encadrées, il est fortement déconseillé – et souvent illégal – de tenter l’aventure par soi-même dans les souterrains de Tours. Les effondrements et la mauvaise qualité de l’air rendent ce patrimoine fragile et dangereux.

Du mythe au patrimoine : comment les caves façonnent l’ambiance de la ville

Souvent considérées comme de simples décors, les caves et souterrains de Tours ont durablement influencé l’ambiance urbaine et l’architecture. Cette mémoire de pierre façonne encore aujourd’hui la ville :

  • Légendes et fantômes : De nombreux habitants évoquent des histoires de bruits sourds la nuit ou d’ombres furtives près des anciennes bouches de cave, contribuant au folklore local. Un sujet inépuisable pour les balades nocturnes guidées, prisées lors des nuits d’été.
  • Un vivier pour la création : Plusieurs artistes, à l’instar de la plasticienne Isabelle Roux, ont récemment investi des caves pour y organiser des expositions ou des ateliers. Ces lieux inspirent par leur atmosphère et leur acoustique unique.
  • Des caves au restaurant : Le tuffeau, matériau principal des voûtes, garde la fraîcheur idéale : nombre de restaurants du centre-ville y conservent leurs vins, voire y réservent quelques tables pour les amateurs d'ambiance intimiste.

Techniques d’exploration et réhabilitations récentes

L’exploration du sous-sol tourangeau n’est pas au bout de ses surprises. Depuis dix ans, des campagnes d’archéologie préventive précèdent chaque chantier urbain – révélant parfois des galeries inconnues ou des objets oubliés. En 2012, par exemple, la découverte d’un souterrain sous la Place Plumereau a mis en lumière un ancien réseau logistique médiéval, vite devenu une référence parmi les urbanistes (Source : INTRAMUROS Magazine, numéro spécial Tours 2013).

Parfois, ces redécouvertes s’accompagnent de réhabilitations spectaculaires :

  • La Cave Secrète : Quartier Paul-Bert, un collectif d’artisans-restaurateurs a ouvert une “cave dégustation” sur réservation, valorisant ainsi une ancienne carrière restaurée dans les règles de l’art.
  • Réhabilitation patrimoniale : La ville investit dans la consolidation et la valorisation de plusieurs entrées historiques (notamment rue Georges Courteline), intégrant parfois les nouvelles trouvailles à des parcours pédagogiques.

Une invitation à questionner la ville autrement

À Tours, chaque détour, chaque ruelle réserve la surprise d’une histoire enfouie. Ces réseaux souterrains, tour à tour sanctuaires, cachettes, ateliers ou caves à vin, forment une strate invisible mais essentielle de la ville. Leur exploration invite à porter un regard différent sur le patrimoine : celui qui s’écrit autant sous la chaussée que sur les façades.

Et qui sait : lors de votre prochaine balade rue du Grand Marché ou le long de la Loire, peut-être croiserez-vous l’entrée voûtée, banale en apparence, mais gardienne de plus d’un mystère non élucidé…

Envie d’aller plus loin ? Gardez l’œil ouvert sur les prochaines balades patrimoniales ; et n’hésitez pas à partager vos propres anecdotes ou découvertes souterraines en commentaire – car la belle endormie du tuffeau n’a pas fini de livrer ses secrets.