Échappées vertes insoupçonnées : les havres méconnus du quartier Paul Bert

Une mosaïque végétale cachée derrière les murs : panorama des espaces verts du quartier

Si Paul Bert n’affiche pas les vastes pelouses du jardin des Prébendes ou de la Gloriette, il se démarque par ses espaces à taille humaine, éclipsés par les circuits touristiques classiques. L’Observatoire des Espaces Verts Tourangeaux (OEVT, 2023) dénombre ainsi plus de neuf micro-parcs accessibles au public dans le quartier, là où les guides signalent en général à peine deux ou trois adresses.

  • Jardin Saint-Radegonde : 2 700 m² de biodiversité patrimoniale
  • Square du 19 Mars 1962 : 800 m² de respiration et de mémoire
  • Jardin partagé Paul Bert : 1 100 m² investis par les habitants
  • Petite Prairie du Belvédère : espace naturel spontané de 900 m²

À ces noms s’ajoutent de minuscules enclos fleuris, quelques potagers associatifs et des venelles bucoliques. Autant de prétextes à ralentir le pas et à se laisser surprendre.

Le Jardin Saint-Radegonde : une enclave historique réinventée

En surplomb des rives de la Loire, ce jardin, jadis clos de l’abbaye Saint-Radegonde, dissimule sa porte derrière la place du même nom. Ce havre ne manque pas d’histoires : le mur nord du jardin retient les caves de l’ancienne abbaye, qu’on aperçoit encore dans le tuf friable à quelques mètres seulement du chemin de halage. Selon l’office de tourisme de Tours, ce jardin était initialement un lieu de méditation réservé aux religieuses au XVIIe siècle (Tours Métropole).

  • Plus de 50 essences végétales répertoriées, dont des rosiers anciens, des noyers et des chèvrefeuilles centenaires.
  • Un passage secret relie le jardin à l’escalier de la grotte Saint-Radegonde, utilisé autrefois lors des pèlerinages hivernaux.
  • Refuge pour plus de 20 espèces d’oiseaux, du rossignol au pic épeiche (comptage LPO, 2022).

Ouvert aux heures de bureau, ce jardin reçoit peu de promeneurs hors du cercle initié, ce qui en fait un spot privilégié pour s’installer avec un livre ou herboriser en toute tranquillité.

Square du 19 Mars 1962 : le poumon de poche à la mémoire vive

Serti entre l’école Paul Bert et la rue Daniel Mayer, ce petit square récent (créé en 2015) rend hommage aux anciens combattants d’Algérie. Il accueille à la belle saison des jeux d’enfants, quelques bancs ombragés et un intéressant travail paysager : des massifs de vivaces choisies pour leur attrait pour les insectes pollinisateurs.

  • Plantation collective de plus de 650 bulbes depuis 2018 lors de “La Fête du printemps” organisée par la mairie de quartier.
  • Espace accessible en fauteuil roulant, mise en place progressive de points d’arrosage en économie d’eau dès 2023.
  • Présence d’une stèle commémorative, point de départ de rassemblements mémoriels locaux.

Un lieu discret, parfait pour une halte en famille ou pour observer, au matin, le ballet des mésanges dans la canopée toute neuve des érables.

Quand la nature se crée au fil des habitants : focus sur le Jardin partagé Paul Bert

Initiative née en 2013, ce jardin partagé est aujourd’hui un laboratoire vivant en pleine ville, géré par une quinzaine de familles riveraines (source : Passerelle Nature). Niché derrière la bibliothèque Paul Bert, il a été installé sur une ancienne cour de bitume. On y trouve :

  • 15 parcelles de culture individuelle et collective (principalement légumes, fines herbes, fleurs mellifères)
  • Un verger urbain expérimental avec 9 variétés de pommiers et poiriers adaptés au changement climatique
  • Un composteur collectif alimenté par plus de 60 foyers du quartier

Chaque samedi matin, les jardiniers bénévoles ouvrent leurs portes à tous, partagent des conseils – ou parfois même un brin de récolte. Les enfants profitent des hôtels à insectes, bricolés lors d’ateliers, tandis que la signalétique faite main raconte une aventure chaque année renouvelée. C’est là que l’on mesure combien la nature, même modeste, fédère et dynamise la vie locale.

Les prairies du Belvédère : respiration sauvage sur les hauteurs

À l’extrémité nord du quartier, non loin du belvédère de l’avenue Maginot, une surprise attend les curieux : une prairie naturelle épargnée par l’urbanisation, laissée volontairement sauvage par les services municipaux depuis 2016 dans le cadre du projet “Zéro phyto” (Ville de Tours).

  • Floraison d’orchidées sauvages (Ophrys apifera, recensée en 2021 par le Conservatoire Botanique du Bassin Parisien)
  • Présence de lièvres d’Europe : la LPO a dénombré 2 à 3 individus régulièrement visibles à l’aube, un fait rare en zone urbaine tourangelle
  • Aucune tonte entre mai et août, favorisant l’installation d’un foisonnement de papillons et de sauterelles

Quelques bancs invitent à la rêverie face à l’horizon, et la lumière y prend, en fin de journée, des reflets dorés sur les panicules d’herbes folles. Prévoyez des jumelles pour tenter de surprendre la faune au lever du jour.

Venelles, murs végétalisés et micro-jardins : inventaire à la Prévert des “poumons miniatures”

Outre les espaces classiques, Paul Bert recèle mille petites parenthèses naturelles insoupçonnées. Pour n’en citer que quelques-unes :

  • Venelle du Clos Saint-Vincent : en descendant vers la Loire, une allée de jasmin et de rosiers grimpants, parfumée dès le mois de mai
  • Fresque “Mur Végétal Paul Bert” : rue Guynemer, une façade animée par 500 plantes grimpantes plantées école primaire en 2019.
  • Micro-jardins de trottoir : des bacs plantés devant des commerces ou à la sortie de l’école, initiative portée par le collectif “Fleurir notre quartier”, qui revendique plus de 75 bacs entretenus par les commerçants et habitants.

Ces touches de verdure, disséminées au fil des rues, participent autant que les parcs eux-mêmes à l’ambiance singulière du quartier Paul Bert, révélant l’importance de la végétalisation citoyenne pour le bien-être urbain (INRAE, étude 2022 sur la perception du végétal en ville).

Conseils pour explorer ces espaces verts hors radar

  • Munissez-vous d’un vélo : le réseau cyclable permet de relier facilement tous ces espaces verts, souvent dissimulés à quelques centaines de mètres les uns des autres.
  • Pensez aux horaires : certains lieux (Saint-Radegonde, Jardin partagé) ferment en soirée ou sont accessibles uniquement lors d’ateliers collectifs. Consultez les pages de la mairie de quartier pour les horaires.
  • Respectez la tranquillité des habitants, en particulier dans les jardins partagés, où le silence est de mise tôt le matin et en fin d’après-midi.
  • Pour une visite commentée, renseignez-vous auprès des associations locales, telles que “Paul Bert Nature” ou “Passerelle Nature”, qui organisent des balades thématiques à la demande.

La promesse d’un autre quartier Paul Bert, entre nature partagée et patrimoine réinventé

Le quartier Paul Bert prouve qu’en marge des grandes pelouses et promenades célèbres, une autre nature urbaine s’invente au quotidien. Ces espaces verts méconnus offrent aux habitants comme aux visiteurs la possibilité d’explorer Tours sous un angle inattendu, où chaque détour, chaque muret, cache un univers à part entière. De la prairie sauvage à l’atmosphère monastique du jardin Saint-Radegonde, en passant par l’énergie vibrante du potager collectif, ces lieux célèbrent l’envie d’habiter la ville autrement. À l’heure des défis écologiques et de la recherche de respiration, Paul Bert inspire : la verdure, ici, se cultive au pluriel, à portée de tous.

Sources :

  • Observatoire des Espaces Verts Tourangeaux (OEVT), Chiffres 2023
  • Office de tourisme de Tours – Mémoire des jardins
  • Tours Métropole – Inventaire participatif, 2023
  • Conservatoire Botanique du Bassin Parisien – Recensement 2021
  • Ligue de Protection des Oiseaux (LPO), Tours – Comptages faune 2021/2022
  • Ville de Tours, politique Zéro phyto – Rapport 2023
  • INRAE – Enquête 2022 sur le végétal urbain et le bien-être
  • Passerelle Nature