28 août 2025
Honoré de Balzac est né à Tours le 20 mai 1799, au n°25 de la rue de l’Armée-d’Italie (aujourd’hui rue Nationale). Si l’adresse n’a guère conservé de traces du célèbre écrivain, le site lui, demeure ancré dans l’imaginaire tourangeau. Sa jeunesse, Balzac la passe essentiellement à Tours et dans ses environs : une petite ville de province encore profondément marquée par l’Ancien Régime, mais sur le point d’entrer dans le XIX siècle tourmenté.
Il n’a que 7 ans lorsqu’il entre comme pensionnaire au collège des Oratoriens, place Foire-le-Roi – un bâtiment qui existe toujours, visible en remontant la rue du même nom. Plus de neuf années passées en pension, à l’écart de sa famille : des années fondatrices, teintées de solitude mais aussi d’observation attentive des comportements, des rivalités et des particularités sociales. Pour beaucoup de critiques, les portraits de l’enfance et les schémas familiaux dans son œuvre portent cette empreinte d’un enfant spectateur du monde adulte (Persée).
Longtemps, Tours est restée à l’écart de la frénésie parisienne et industrielle. Au tournant du XIX siècle : une cité aux mille clochers, cossue, attachée à ses traditions, réputée pour la pureté de son français et la douceur de son climat. Balzac ne s’y trompe pas : « On n’en sort pas », écrit-il à propos de Tours, « on y végète » (Bibliothèque de l’Institut de France). Mais la ville, loin d’être figée, devient sous sa plume un univers d’intrigues et de contrastes sociaux.
Quelques faits saillants :
La topographie même de Tours – ses ruelles, ses maisons à pans de bois, la Loire et le Cher, ses couvents et ses hôtels particuliers – sert de toile de fond à des analyses d’une précision quasi-ethnographique. Pour accomplir son observation, Balzac arpente la ville, observe la bourgeoisie, les commerçants et le petit peuple lors des marchés installés rue Nationale et place Plumereau.
Dès les premières pages de Le Lys dans la vallée (1836), Balzac place la lumière de Touraine au cœur de son imaginaire : « La Touraine est la terre classique du paysagiste. » La douceur du climat, la luxuriance des jardins, les abords de l’Indre et de la Loire impriment chez l’écrivain le sens aigu de l’atmosphère. La fameuse « lumière de Loire », qui adoucit même les drames.
Quelques anecdotes et références :
Le romancier associe aussi à ce terroir une manière de vivre, faite de lenteur, de goût pour la conversation et la gourmandise : la tradition tourangelle du « bien-manger », du vouvray, de la poire tapée… Balzac lui-même épicurien (sa gourmandise pour les pruneaux de Tours est documentée dans ses lettres), nourrit ses descriptions de détails sensoriels ; chez lui, la gastronomie accompagne souvent les intrigues.
À Tours, le jeune Balzac connaît la rigidité des pensionnats religieux. Le collège des Oratoriens, où il entre en 1807, n’est pas réputé pour sa douceur. Le règlement y est strict, l’enseignement classique, et la discipline, parfois brutale (Jacques Petit, Balzac, l’homme et l’œuvre, Hatier, 1996).
Ce cadre lui inspirera plus tard la sévérité de certaines figures éducatives, mais aussi une ironie mordante vis-à-vis de la morale bourgeoise. Pour beaucoup d’analystes, c’est à Tours que se forge le regard lucide (voire sarcastique) sur le fonctionnement de la petite société française (Roger Pierrot, Balzac, Fayard, 1994).
Balzac nourrit ses romans d’une galerie de types sociaux puisés dans la ville : notaires, rentiers, marchands de vin ou même fonctionnaires municipaux, observés avec un œil aigu, jamais dépourvu de tendresse. Les secrets de famille, l’importance de l’héritage, sont des thèmes récurrents. Eugénie Grandet en offre l’exemple parfait : Grandet, le père avare, incarne le modèle du notable tourangeau, calculateur et prudent au point d’en devenir tyrannique.
Les liens entre la petite et la grande histoire, la rumeur et la vérité, le poids du qu’en-dira-t-on, sont des mécanismes hérités de sa jeunesse vécue parmi les commérages et la prudence des familles tourangelles.
Si Tours irrigue tant d’œuvres de Balzac, elle ne l’enferme jamais. Il transporte son expérience tourangelle vers la peinture de la France entière : la « francité » de la Touraine devient une matrice pour explorer tout le pays. Certaines scènes majeures, de Paris à Angoulême, portent l’empreinte de cet apprentissage précoce de la différence sociale, du silence des murs et du poids des héritages.
Pour le visiteur de Tours aujourd’hui, l’ombre de Balzac recueille encore l’émotion du promeneur : un buste discret se trouve sur la place éponyme près du quartier Blanqui, la maison natale, transformée, accueille la curiosité sous la forme d’une plaque, et le Parc Honoré de Balzac, près du Cher, offre un écrin de verdure à la mémoire du romancier.
La jeunesse de Balzac à Tours, ce n’est pas seulement une anecdote : c’est la matrice d’un regard, l’école d’un caractère, et la source de l’universalité de son œuvre. Pour qui sait lire entre les lignes, l’ombre de la ville affleure partout. Les pierres de Tours, discrètes mais tenaces, vibrent encore du souvenir d’un jeune garçon curieux, bientôt prêt à conquérir le monde — plume à la main, cœur battant au rythme de sa Touraine natale (BNF).