30 janvier 2026
Né d’annexions successives, Velpeau ne fait partie du territoire urbain tourangeau que depuis la seconde moitié du XIXe siècle. Jusqu’alors, ces terres se partageaient entre vergers, cultures vivrières, champs alentours et quelques chemins rustiques menant vers Saint-Pierre-des-Corps, sur la route de Paris. Tout change après 1846, année clé pour Tours et la France entière, avec l’arrivée du chemin de fer.
La gare s’installe au sud des actuelles Halles, favorisant la croissance rapide du quartier Velpeau sur les anciennes "prés de Saint-Paul". Le découpage parcellaire débute dès les années 1850–1860, porté par la nécessité de loger les cheminots et ouvriers de la Compagnie des chemins de fer de Paris à Orléans. Ces modifications sont subites, mais s’organisent selon des logiques qui façonnent la physionomie du quartier jusqu’à nos jours.
Impossible de traverser certaines rues du quartier, comme la rue Michel Colombe ou la rue Mirabeau, sans remarquer les modestes et charmantes maisons basses qui enserrent petites cours ou jardins. Leur histoire coïncide avec la montée rapide d’une classe ouvrière et artisanale, mais aussi avec l’essor d’une petite bourgeoisie railleuse du centre-ville.
Ici se lit en creux le récit de la migration ouvrière : cheminots, tonneliers, épiciers et blanchisseuses y prennent racine. Cette "typologie Velpeau" a inspiré plus tard l’habitat social des faubourgs de Tours entre 1880 et 1940 (cf. Étude Inventaire du patrimoine commun de Tours - Région Centre, DRAC).
Les bâtisses scolaires du quartier Velpeau, fondues dans le tissu urbain, constituent l’un des plus précieux héritages du développement de la ville au XIXe siècle. Dès 1885, la loi Ferry rendant l’école obligatoire, la municipalité doit accueillir un nombre d’enfants sans cesse croissant.
Situées à la croisée des axes principaux, ces établissements sont conçus pour être des pôles de vie et de socialisation : murs épais, vastes cours de récréation, préaux couverts, tous pensés pour une urbanité nouvelle et, finalement, la sédentarisation d’une population jusqu’alors mouvante.
Velpeau fut également le théâtre d’une activité industrielle discrète, mais florissante : brasseries, ateliers métallurgiques, puis petites imprimeries bâtissent l’ossature économique du quartier. Aujourd’hui, ces édifices sont rarement identifiés, car masqués par les transformations du XXe siècle.
Nombre de ces sites industriels ont été englobés dans des ensembles modernes, mais le promeneur attentif repérera parfois, dans l’angle d’un jardin ou derrière une grille, ces murs singuliers, aux linteaux surdimensionnés ou aux ouvertures voûtées.
Moins connues du grand public, plusieurs demeures bourgeoises et "folies" du XIXe siècle constellent la topographie du quartier Velpeau, cachées derrière grilles en fer forgé.
Bien moins imposantes que les hôtels particuliers du boulevard Heurteloup, ces constructions témoignent néanmoins des nouvelles conquêtes sociales à l’œuvre au XIXe siècle, où la bourgeoisie investit les marges pour "respirer" loin du centre-ville.
Il serait dommage de passer sous silence la première église Saint-Paul, bâtie en 1865 grâce à la générosité de ses paroissiens essentiellement cheminots et ouvriers. Simple édifice de plan basilical, sans la démesure des grands sanctuaires du centre, mais marquant la sédentarisation des classes populaires.
L’édification d’une paroisse, point d’ancrage pour les familles, scelle la mue d’un quartier paysan vers une vraie vie de faubourg urbain.
Dans le quartier Velpeau, l’histoire du XIXe siècle ne s’affiche pas en monuments spectaculaires, mais se dévoile dans la trame quotidienne de ses rues, modestes ou inattendues. Si nombre de ces édifices restent inaperçus, ils sont pourtant essentiels pour comprendre la morphologie de Tours et l’essor de sa diagonale ouvrière et bourgeoise.
Leur préservation, parfois discrète mais opiniâtre, permet d’offrir aux visiteurs curieux (et aux habitants attentifs) un récit différent de la ville, loin des clichés, bien ancré dans la réalité tourangelle d’hier – et riche d’enseignements pour penser la ville de demain.