16 janvier 2026
Les villes possèdent le pouvoir particulier de cacher d’incroyables vies secondaires derrière la pierre et l’enduit. À Tours, plusieurs lieux patrimoniaux, parfois méconnus ou oubliés, connaissent aujourd’hui une seconde jeunesse grâce à des projets culturels tout sauf impersonnels. Qu’il s’agisse d’anciennes églises, d’usines, de couvents ou de halles, chacun de ces monuments raconte une métamorphose – celle, passionnante, d’un passé revisité à la lumière de la création contemporaine. Balade à travers ces adresses où le souvenir et la nouveauté dialoguent sans fin.
Au cœur de Tours, le Centre de Création Contemporaine Olivier Debré (CCC OD) trône sur ce qui fut autrefois le vaste site du couvent des Ursulines, fondé au début du XVIIe siècle. L’histoire du lieu mérite le détour : le couvent, frappé par la Révolution, devint successivement prison, hôpital, puis entrepôt… avant la belle mutation contemporaine. En 2017, le CCC OD ouvre ses portes au public avec une architecture audacieuse signée Aires Mateus, qui préserve une partie des murs anciens et met en valeur l’espace des anciennes chapelles.
Petite astuce : guettez les soirées "Afterwork du CCC OD", où la terrasse s’ouvre sur Tours la nuit, avec DJ sets au-dessus des anciennes pierres séculaires !
En périphérie de Tours, La Grange (située à La Riche) est l’exemple même d’un patrimoine rural réinvesti. Cet ancien corps de ferme du domaine de la Rabaterie, mentionné dès le XIVe siècle, a connu bien des usages jusqu’à sa reconversion dans les années 2000 comme espace culturel majeur.
Chaque été, La Grange vit au rythme de festivals à ciel ouvert et de spectacles immersifs, tout en maintenant une atmosphère typiquement tourangelle, entre poutres apparentes, murs de tuffeau et jardin arboré.
Longtemps, l’université de Tours a souffert d’un déficit d’espaces culturels accessibles à tous. C’est dans une ancienne halle ferroviaire—le dépôt des locomotives des années 1920—que naît en 1995 La Salle Thélème. Ce vaste hangar de briques, longtemps voué à la rouille et à la friche, accueille aujourd’hui concerts, pièces de théâtre, conférences, ciné-débats, et festivals étudiants tout au long de l’année.
Avis aux curieux : le vaste parking d’origine a été conservé, parfait pour une soirée impromptue—et pour contempler la façade illuminée, clin d’œil à l’ancienne époque ferroviaire.
Saviez-vous que la Nef, ce bâtiment emblématique à la façade caractéristique près de la place Anatole France, fut d’abord une manufacture de chaussures ? Conçue à la fin du XIXe siècle pour répondre à la formidable demande touristique et militaire de l’époque, elle a traversé toutes les métamorphoses urbaines, avant de devenir un foyer culturel majeur.
Impossible de ne pas être frappé par la lumière filtrant à travers la verrière d’époque ; même en pleine répétition de rock survolté, le passé industriel reste palpable et donne à chaque événement un supplément d’âme.
Tours n’expose pas seulement ses trésors patrimoniaux à la lumière du jour. Sous la ville, un réseau de caves, de cryptes et de galeries troglodytiques accueille régulièrement des événements d’un autre genre : concerts intimistes sous la pierre, lectures épistolaires guidées, expositions immersives.
L’expérience d’un concert a cappella dans l’acoustique unique d’une crypte du Moyen-Âge : voilà une émotion difficile à oublier pour tous ceux qui cherchent à vivre la culture comme une aventure sensorielle.
Les grandes institutions ne sont pas les seules à faire vibrer le patrimoine : de nombreux lieux plus confidentiels – anciens ateliers, garages, appartements du XVIIIe siècle – se prêtent à des initiatives aussi variées que des résidences d’artistes, des labos de création urbaine ou des pop-up cinémas.
La souplesse de ces espaces permet d’inviter le public à expérimenter les cultures numériques, le street-art ou encore le théâtre d’improvisation, loin des codes des musées traditionnels.
| Lieu | Surface/Capacité | Année de transformation | Public annuel |
|---|---|---|---|
| CCC OD | 4 500 m2 | 2017 | 65 000 visiteurs (2022) (La Nouvelle République) |
| La Grange | 350 places | 2004 | 12 000 spectateurs |
| La Nef | 1 500 m2 | 2005 | Plus de 8 000 utilisateurs annuels (musiciens et public) |
| Salle Thélème | 400 places | 1995 | 20 000 spectateurs |
La réappropriation patrimoniale n’est jamais anodine : c’est le fruit d’initiatives mêlant créativité, volonté politique et enthousiasme associatif. À Tours, la vitalité des lieux patrimoniaux transformés en espaces culturels offre une expérience de visite vraiment singulière, qui place la découverte et l’innovation au cœur de l’aventure urbaine. Quelques pistes pour profiter de cette dynamique, pour sortir des sentiers battus :
Au fil des ans, Tours confirme son identité de ville en mouvement où le patrimoine vit autant qu’il se contemple – et où chaque pierre restaurée devient le théâtre de nouveaux usages, de nouvelles émotions et de rencontres inattendues.