18 mars 2026
Installées en plein centre de Tours, entre les bras de la Loire, l’île Aucard et l’île Simon se dévoilent comme deux parenthèses vertes, où nature, culture et passion ligérienne cohabitent. Qui oserait croire que ce duo d’îles, autrefois presque oublié, bat aussi fort au rythme de la vie tourangelle ? À la croisée d’une escapade bucolique et d’un voyage dans le temps, elles offrent aujourd’hui bien plus qu’un simple point de vue sur le fleuve royal.
Ici, les anecdotes abondent : du passé industriel de l’île Aucard à ses métamorphoses récentes, des jardins ouvriers secrets de l’île Simon à la mémoire vivace des festivals, chaque recoin révèle une histoire à croquer. Entre passerelles, peupliers argentés et pontons discrets, cap sur les découvertes à ne pas manquer pour s’approprier ces îles au cœur de Tours.
L’île Aucard a longtemps rimé avec utilité. Jusqu’au XIXe siècle, Tours se voulait un port ligérien actif, et la petite île, stratégiquement située en face du quartier Paul-Bert, servait de halte pour les gabares, ces bateaux à fond plat typiques du transport local. Les archives municipales montrent qu’au XVIIIe siècle, les gabares déchargeaient ici le bois, les pierres et autres marchandises destinées à la reconstruction et à la vie quotidienne de Tours (Source : Archives municipales de Tours).
Avec l’industrialisation puis l’abandon progressif de la navigation commerciale, l’île fut délaissée… avant d’opérer un étonnant retour sur le devant de la scène.
Impossible de parler de l’île Aucard sans citer l’emblématique festival Aucard de Tours. Né en 1986 dans l’ambiance contestataire et créative de la radio locale Béton, le festival s’est imposé au fil des ans comme un rendez-vous immanquable pour les amoureux de musiques alternatives. Plus de 25 000 personnes foulent chaque été les pelouses de l’île Aucard, transformée pour l’occasion en village musical, éphémère et festif (Source : La Nouvelle République, 2023).
L’esprit du festival ? Une programmation volontairement éclectique (rock, reggae, électro, rap, musiques du monde), des découvertes tonitruantes, des foodtrucks gourmands et une atmosphère bon enfant – en écho à la convivialité légendaire de Tours.
L’île Aucard réserve aussi son lot de surprises pour les amoureux de la nature. Grâce à ses 6 hectares de verdure, elle se distingue comme l’un des meilleurs spots de détente à deux pas du centre-ville. Les alignements de peupliers argentés et de saules pleureurs forment un rideau végétal saisissant, idéal pour une pause pique-nique, une séance de yoga au bord de l’eau ou un simple bain de soleil.
Séparée de l’île Aucard par le canal du Pont de Pierre, l’île Simon cultive un charme plus discret. Dès le XIXe siècle, les rives de l’île ont été aménagées en jardins familiaux : jusqu’à 80 parcelles individuelles, entretenues par des habitants du quartier Paul-Bert qui y faisaient pousser fraises, tomates, pivoines et groseilles.
Quelques anciens racontent, non sans fierté, l’époque où les “jardiniers de l’île” traversaient chaque matin la Loire à pied avec leur brouette pour rejoindre leur lopin de terre avant d’aller travailler en ville (Source : Recueils oraux, Bibliothèque Municipale de Tours).
Aujourd’hui, une partie seulement des jardins a survécu, mais l’île Simon reste un ravissant refuge où biodiversité et patrimoine végétal s’entremêlent. Le parc public offre une mosaïque de végétation : tilleuls, érables, massifs d’iris et même des espèces protégées, comme l’angélique des estuaires.
L’été, le contraste entre la fraîcheur verdoyante des sous-bois et la chaleur de la ville toute proche est saisissant. Les familles y trouvent calme, jeux, tables de pique-nique. Les promeneurs matinaux croisent hérons cendrés, écureuils agiles et canards colverts qui peuplent les rivières d’eaux claires (Source : LPO Touraine).
« L’île Aucard, c’est un atelier à ciel ouvert. Je m’installe parfois sur la pelouse pour sculpter mes morceaux de pierre de tuffeau, inspiré par la lumière de la Loire et le passage des promeneurs. L’île force à la patience et à la contemplation. On prend le temps de voir, d’écouter, de dialoguer avec le paysage. Chaque saison a son secret : la brume d’hiver, le parfum du sureau au printemps, la musique du festival l’été. » — François, tailleur de pierre et sculpteur
L’île Aucard et l’île Simon sont bien davantage que de simples espaces verts : elles invitent, chacune à leur manière, à ralentir, à rêver, à explorer l’inattendu. Véritable trait d’union entre patrimoine et modernité, entre nature et culture, elles forment ce cœur insulaire qui bat discrètement mais puissamment au milieu du flux tourangeau.
Y flâner, c’est renouer avec la Loire sauvage, dialoguer avec l’histoire locale, et s’offrir une parenthèse avant tout humaine. Si la curiosité vous démange, laissez les sentiers battus des guides pour plonger dans l’ambiance unique de ces deux îles : here be wonders – ici, l’inattendu s’apprivoise à chaque pas.