12 janvier 2026
Le promeneur d’aujourd’hui croise la Loire ou le Cher comme on longe une frontière paisible. Pourtant, voici quelques siècles, ces rivières nourrissaient d’autres vies, plus affairées, plus bruyantes aussi : celles des moulins et lavoirs. Combien sont-ils à subsister dans le paysage tourangeau, camouflés derrière quelques saules, intégrés dans une habitation bourgeoise ou dévoilés dans leur état d’origine ? Leurs silhouettes discrètes murmurent des fragments d’histoire. Voici l’inventaire (presque) inattendu de ces témoins d’une époque où l’eau faisait tourner le grain et où la lessive, loin d’être tâche ménagère honteuse, rythmait la vie collective.
En Touraine, la concentration de cours d’eau a fait de la région un véritable paradis à moulins, comme l’écrit Gilles Ruffié dans Moulins et Meuniers sur la Loire. Avant la Révolution, on en recensait près de 250 rien que sur le Cher entre Montrichard et Tours. Sur la Loire, on en comptait une trentaine aux abords immédiats de la ville. La plupart s’égrenaient au fil de l’eau, bâtis sur des îles ou flottants sur des bateaux-moulins.
Mais avec la mécanisation et l’évolution des modes de transport, ce patrimoine est peu à peu tombé dans l’oubli. Démantèlement, crues, modernisation : beaucoup n’ont laissé, aujourd’hui, que des vestiges ou de simples toponymes. Pour ceux qui subsistent, la ville de Tours (et ses alentours) cache bien des surprises.
Certains de ces moulins ne se livrent plus qu’en ruines, mais d’autres se laissent découvrir au fil de balades presque buissonnières. Petit florilège, d’est en ouest, de la Loire au Cher :
Beaucoup de ces moulins n’existent plus que sous forme de pierre remployée ou d’histoires transmises de génération en génération, mais certains trouvent une nouvelle vie. Le moulin de Ballan, restauré en logement, ou celui de Sainte-Anne, réaffecté à un usage scolaire, prouvent que le patrimoine meunier peut renaître loin de sa vocation première. D’autres, comme à Rochecorbon ou à Savonnières, ont été transformés en restaurants, chambres d’hôtes ou gîtes fluviaux.
Davantage de traces visibles nous restent des lavoirs, ces architectures du quotidien inexorablement liées à la féminité et à la sociabilité d’un quartier. Saviez-vous qu’à la fin du XIXe siècle, Tours comptait plus de 35 lavoirs publics en bord de Loire et près de 20 en bord du Cher ? L’hygiène bourgeoise, l’affirmation de l’espace public, la réglementation du lavage : tout converge pour faire du lavoir une figure essentielle des faubourgs (source : Archives municipales).
Si certains ont totalement disparu de la ville, d’autres font aujourd’hui figure de petits trésors patrimoniaux, voire d’écrins à ciel ouvert au cœur de la nature.
Que vous soyez amateur de balades, passionné de photographie ou simple curieux du patrimoine, voici quelques conseils pratiques et points de départ pour explorer ces (anciens) moulins et lavoirs :
Loin d’être de simples décors, moulins et lavoirs témoignent d’un rapport intime à la Loire et au Cher. Ils invitent à questionner la manière dont la ville s’est construite – et continue de se transformer – autour du fil de l’eau. En arpentant ces chemins du « petit patrimoine », on s’ouvre à une autre lecture de Tours, entre mémoire collective et envies de poésie buissonnière. Pour toute balade, gardez l’œil, le bon, celui du flâneur curieux : derrière chaque pierre, chaque nom de rue, se cache une histoire qui ne demande qu’à être racontée… ou redécouverte.
Sources :